Souriez, le maire vous surveille
Vu dans le programme du maire de Bagnolet : la vidéosurveillance !
En ce début d’année, le programme du maire apparaît comme un catalogue de bonnes résolutions. Plus précisément, il promet tout ce qu’il n’a pas su réaliser en sept ans. Dernier exemple en date, lu sur son blog de campagne N°2 (quatre blogs assurent en permanence la promotion du maire-candidat à Bagnolet, mais il en faudra plus pour le faire élire) concernant la sécurité : « faire vivre le Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance ». Excellente idée ! Qui l’a empêché de le faire jusqu’à présent ? Ah oui, on sait : son entourage, ses amis communistes, ses alliés socialistes et verts, le personnel communal... La liste est longue. Vivement qu’il se retrouve libéré de ses fonctions, pour qu’il puisse enfin faire tout ce qu’il veut sans avoir à tenir compte de personne !
Mais reconnaissons qu’en plus de la longue liste de ce qui n’a pas été fait et aurait pu être fait, il y a aussi quelques idées « nouvelles » : la vidéosurveillance !!! Depuis le téléphérique, sans doute ?
Pourtant, en plus de son coût prohibitif (chaque caméra coûte 20 000€ auxquels il faut ajouter les frais de personnel), la vidéosurveillance ne dissuade personne ! Un rapport de l’institut d’aménagement et d’urbanisme de la région Ile de France, publié en mars 2004 met en évidence que « les violences à l’encontre des agents continuent de progresser après l’installation (signalée) de dispositifs de vidéosurveillance, ainsi que les dégradations ». Depuis avril 2001, tous les bus de la ligne 255 de Saint-Denis sont équipés. Pendant les 24 mois précédant l’équipement : 26 délits violents constatés ; au cours des 24 mois suivant, jusqu’au printemps 2004 : 48 ! Conclusion des rapporteurs : « sur la période d’observation, on ne constate aucun impact positif de l’outil de vidéosurveillance sur la délinquance quelque soit la nature du fait constatée ».
Dans l’autobus incendié dans une banlieue de Marseille fin octobre 2006, au cours duquel une jeune étudiante a été gravement brûlée, la caméra embarquée -dont les assaillants comme tous les habitants du quartier connaissaient l’existence- n’a pas dissuadé le groupe de jeunes de commettre leur attentat.
Pire encore, la vidéosurveillance peut elle-même provoquer des dérapages mortels. C’est le cas lorqu’un jeune Brésilien parfaitement innocent a été abattu par Scotland Yard dans le métro londonien. Sur sa seule apparence (basané et portant plusieurs couches de vêtements contre le froid), les caméras et leurs profileurs l’ont automatiquement transformé en terroriste à abattre.
Ce ne sont donc pas des considérations de sécurité qui peuvent justifier l’installation de la vidéosurveillance, il s’agit juste d’un peu d’électoralisme... dans les pas de Balkany et de Sarkozy qui ont commencé dès la fin des années 1980 dans les Hauts de Seine. Mais est-ce vraiment l’exemple à suivre ?
NB : les exemples ci-dessus sont tirés de l’excellent ouvrage de Claude-Marie Vadrot, « La grande surveillance », éditions du Seuil, 2007.
2008-02-11 13:12:06
Vos réactions :
Pour toute question concernant ce site, contactez webmaster@cac93.org
Mentions légales
