Vivre ensemble ou chacun dans son monde ?
Les élections municipales à Bagnolet. A côté des enjeux immédiats d’une restauration de la démocratie et de l’efficacité municipales, ces élections vont également dessiner la diversité bagnoletaise de demain. En effet, diversité il y a et il diversité il y aura (diversité sociale, diversité des origines, diversité générationnelle...) mais tout l’enjeu réside dans la manière dont ces différentes « populations » vont partager les différents espaces de la ville.
Par Jean-Claude Seguin
La diversité façon Marc Everbecq
Dans les dernières années de son mandat, Marc Everbecq a multiplié les signes – positifs ou par défaut- de sa vision de la diversité : de la même façon qu’il a mis en place un pouvoir personnel en divisant son équipe municipale par un système de relations interpersonnelles démagogiques, il a entrepris, tel un responsable commercial, un ciblage marketing de l’électorat : chaque groupe social est ainsi étudié, le discours qu’il est sensé attendre lui est prodigué de manière spécifique, et, si possible, une ou des associations sensées les représenter sont choisies comme interlocuteurs privilégiés. En créant ainsi, sans souci de cohérence, un discours et une action spécifique à chaque « cible », il pense « couvrir » une proportion suffisante de l’électorat pour conserver le pouvoir.
Mais malheureusement, il ne s’agit pas que d’un discours. L’absence de vision inter-quartier à tout de même pu constater que les travaux d’embellissement de la voirie concernent principalement les quartiers les moins défavorisés. Mais d’autres actes plus lourds de sens ont également été posés : il a également commencé à construire un système de ségrégation de la population par catégories, ajoutant au clientélisme individuel un clientélisme « communautaire ». Ainsi par exemple, les subventions aux associations ne sont pas distribuées en fonction de leur utilité sociale mais de la « clientèle » qu’elle peut représenter. Certaines associations se retrouvent donc grandement courtisées et largement dotées uniquement parce qu’elles sont censées représenter une communauté, alors que les associations de quartier et citoyennes sont, à quelques exceptions près, réduites à la portion congrue.
La communication, substitut à une politique rassembleuse
Marc Everbecq sait que cette politique mécontente la quasi-totalité des militants associatifs « citoyens ». C’est pour lui un électorat quasiment perdu d’avance, et qui pourrait, par sa capacité à échanger avec le reste de la population, lui nuire considérablement : c’est pour ça qu’en complément de ce clientélisme il se sent obligé de faire de la communication « paillettes », avec 2 millions d’Euros environ de dépenses sur le mandat en films, assises, journaux et tracts, etc. : ce n’est pas là que les décisions se prennent ni même qu’il puise son inspiration, mais cela lui permet de construire une image en trompe-l’œil qui, espère-t-il, peut donner le change pour ceux qui ne sont pas directement impliqués dans le clientélisme municipal.
La faille de ce système est qu’il sous-estime l’intelligence des Bagnoletais ; car même dans ces « show » ouverts à tous, sa vision ségrégationniste de la ville apparaît régulièrement : insistance sur l’opposition entre salariés et allocataires des minimas sociaux, discours contre les nouveaux habitants qui spolieraient les Bagnoletais « de souche », discours démagogique « spécial jeunes », la liste serait longue. Et puis entre d’un côté un discours préparé par un communicateur professionnel - avec leur argent - et de l’autre des échanges avec leur voisin membre du conseil de quartier, avec le représentant des parents dans l’école de leur enfant ou avec leur ami militant associatif découragé par le « mur » municipal, gageons que les Bagnoletais dans leur majorité sauront qui écouter !!!
Si Marc Everbecq venait à rester au pouvoir, le pire serait à venir
Depuis son « appel du 14 juillet » on savait que Marc Everbecq avait mis son parti devant le fait accompli : « soutiens-moi et tais-toi ». D’ailleurs, il semble qu’il ait de plus en plus de difficultés à assumer son appartenance, puisque le sigle n’apparaît pratiquement pas sur le matériel de campagne, alors que c’est évidemment le seul parti qui le soutient. Il ne fait d’ailleurs jamais référence à sa propre appartenance au PCF : y est-il encore ?
Cerise sur le gâteau, le ralliement de Daniel Bernard et de 7 adhérents socialistes a fait sortir plusieurs militants communistes de premier plan de la liste des éligibles potentiels !
On imagine bien que le dynamisme des militants que l’on a mis dans cette situation sera limité à l’instinct de conservation, et il lui faut donc trouver l’énergie et les « niches électorales » ailleurs. C’est là qu’apparaît la stratégie d’ouverture façon Everbecq : ouverture vers les associations sensées représenter les communautés les plus nombreuses, à qui il propose carrément des postes d’adjoints : certaines ont accepté, d’autres, plus prudentes, ont préféré décliner l’offre…
Cette ouverture communautaire n’est en rien assimilable à ce que l’on nomme généralement « ouverture à la société civile ». En effet, l’ouverture n’est pas faite sur des objectifs et valeurs partagées, mais sur des visées purement électoralistes : certaines références y sont pour le moins éloignées du « vivre ensemble » et de toutes les valeurs progressistes.
Vouloir une alternative à gauche, c’est avant tout choisir un autre chemin Cette politique de développement séparé est bien évidemment rendue possible par la désespérance de nombreux Bagnoletais.
Désespérance tout d’abord face à l’accroissement des inégalités voulue par Sarkozy, inégalités entre les citoyens mais aussi entre les territoires. Inégalités qui s’accompagnent aussi d’une volonté de diviser pour mieux régner, d’une remise en cause de la laïcité, d’une personnalisation du pouvoir et de l’avènement de la politique-spectacle.
Mais désespérance aussi de voir l’inefficacité de gestion de la municipalité - inégalée sur le territoire national pour une commune de cette taille – conduire un maire « communiste », pourtant principal responsable de la situation, à mettre en place pour conserver le pouvoir le même type de politique réactionnaire !
Malgré le contexte national, il est pourtant possible de sortir de ce climat malsain et de renouer réellement avec une vision fraternelle et humaniste de la vie de la cité. Bagnolet possède tous les atouts pour devenir un modèle d’une ville ouverte, diverse, réellement mélangée : une très grande diversité d’origines – sociales comme géographiques –, une vielle culture ouvrière riche en valeurs de solidarité, une présence de très nombreux artistes qui, pour beaucoup d’entre eux, se sont aussi installés à Bagnolet pour mettre leur art au service de cette vision solidaire et vivante de la ville !
Et même s’il est évident qu’une municipalité, seule, n’a pas le pouvoir de résoudre entièrement les problèmes de logement, encore moins les problèmes d’emploi, Il n’en reste pas moins qu’une ville plus agréable, où chacun est amené à rechercher les intérêts communs et ce qui rassemble, plutôt qu’à se constituer en groupe de pression clientéliste, arme mieux ses habitants face à l’adversité économique.
En dehors d’une liste sortie de nulle part deux mois avant les élections sur un programme d’incantations nationales, la seule liste qui incarne cette vision humaniste et rassembleuse de la cité est la liste de l’Alternative à Gauche conduite par Tony di Martino et soutenue par le Parti Socialiste, les Verts et le CAC93.
2008-02-25 10:49:20
Vos réactions :
26 février 2008, par djouroundi
26 février 2008, par hakim
25 février 2008
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